Le regard

du

cinéphile

Film sud-coréen (2004). Comédie dramatique. Durée : 1h 45mn. Date de sortie : 13 Avril 2005 Avec Lee Seung-yeon, Jae Hee, Kwon Hyuk-ho

Réalisé par Kim ki-duk


      Sous la plume de Maurice Leblanc, notre littérature française a su créer le personnage d'Arsène Lupin, ce gentleman cambrioleur. Un voleur atypique, car si s'introduire chez les gens pour les voler est condamnable, lui a su légitimer ses actes aux yeux du lecteur que nous sommes. Pour ce faire, il prétexte implicitement, d'une part, ne s'en prendre qu'aux mauvais riches en laissant à leur triste sort les pauvres et en sauvant les innocents des mains de la police dont-il se joue. Et d'autre part, il met un point d'orgue à respecter les lieux et les personnes qu'il détrousse. Dès lors, ses tours de passe-passe répréhensibles et ses déguisements habiles ont suscité la sympathie de son lectorat. Mais, à bien y regarder, au fur et à mesure des épisodes de son histoire, il n'a cessé de remettre en question la notion de propriété en la violant. Je ne sais si Kim Ki-duk a eu connaissance de l'œuvre de Maurice Leblanc et de son héros, mais il est, à mon avis, à rapprocher du premier rôle de son dernier film " Locataires ". Avec cette seule différence, ici le Gentleman cambrioleur n'a ni le goût du luxe, ni l'envie de voler. Il se contente d'entrer sans effraction chez les gens et d'y habiter le temps de leur absence. Il s'accorde le loisir de quelques menus travaux de réparations diverses et quitte les lieux avec cette minutie de les restituer intacts. Serait-ce, poussé à son paroxysme, l'expression du légendaire savoir-vivre asiatique où la politesse est une seconde nature ? Toujours est-il que " Locataires " pose à nous occidentaux, mille questions. Peut-on tout acheter même sa justice ? Comment se comporter avec les biens qui ne nous appartiennent pas ? Quelles sont les critères qui font que nous nous considérons spoliés d'un bien ou d'un espace ? Dans un couple marié, le mari est-il propriétaire de son épouse au point de lui infliger des violences impunément ?… Et puisque je vous parle de violence, pourquoi certains voleurs accompagnent-ils leurs actes de dégradations gratuites et de comportements irrespectueux ?


      Ceci dit, " Locataires " n'est pas qu'un plaidoyer sur la propriété. C'est aussi la confrontation entre deux mondes celui du rêve et de la réalité. Car quand notre héros pénètre chez autrui, il essaye de décrypter les lieux où il se situe, afin de s'en faire une représentation et d'imaginer la vie de rêve de ses victimes. Nous apprendrons, au fur et à mesure de l'avancement de la projection, que pour certain leur existence réelle n'est pas sans heurt. Pour Tea Suk, le plus entravant dans son existence virtuelle reste la présence de son corps physique. Tous ses efforts se porteront dès lors sur la meilleure façon de devenir l'ombre de lui-même. Avec " Locataires ", Kim ki-duk reste fidèle à lui-même. Il montre et suggère, sans fioriture. Les images sont simples et directes. Il ne s'embarrasse pas de longs discours. Le scénario est développé au minimum. A tel enseigne que les rôles principaux restent muets pendant une heure trente. Ainsi nous pouvons donc nous allouer toute liberté d'interprétation. Personnellement, je pense qu'il y a dans ce film cette prise de conscience que nous évoluons tous dans notre micro société ou cercle familial, régit par ce droit à la vie privée ou intimité


VD

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Locataires