Le regard

du

Le docteur David Banner se retrouve, contre son gré, exposé à une très forte dose de radiations suite à une mauvaise manipulation. Contre toute attente, il sort indemne de cet accident, mais pas sans séquelles pour autant. Effectivement, il se découvre la capacité de se transformer en monstre vert doué d'une force surhumaine : Hulk. Mais David Banner n'a malheureusement aucun contrôle sur "la bête" lorsqu'elle se réveille - réveil provoqué le plus souvent par la colère.


Mais que voilà un film étrange ! Où que vous tourniez vos yeux curieux sur les différents sites spécialisés en sf ou dans le cinéma, les critiques se déchaînent d'un extrême à l'autre : soit c'est un film nul, soit c'est un chef-d'œuvre.

Bon, vous me direz, l'idée de voir un géant vert en rogne se balader aux quatre coins du globe en balayant tout sur son passage, on peut s'en passer ! C'est tout au moins l'idée à l'emporte pièce que l'on pouvait tirer de la bande annonce du film, ainsi que du battage médiatique qui en a découlé.


Poussons cependant un peu plus loin l'analyse…


    D'un côté nous avons l'incroyable Hulk, un héros de Marvel Comics (au même titre que Spiderman ou les X-Men), la maison américaine de bande dessinée bien connue créée par Stan Lee. Hulk n'est pas à proprement parler un « super - héros », mais plutôt une sorte de monstre qui illustre la partie « instinctive » de l'être humain, une sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde moderne. Hulk n'a jamais bénéficié d'une bande dessinée à son nom, n'apparaissant que de temps à autre dans les ouvrages destinés aux autres super héros de la famille Marvel.


   De l'autre, nous avons le réalisateur taïwanais Ang Lee, auteur des superbes films « Raison et sentiments » et « Tigre et Dragon ». Le pari de mettre en images animées un personnage d'images « inanimées » est risqué. Il lui faut rendre son film crédible sur plusieurs niveaux : le scénario, les personnages, les effets spéciaux.


   En fait, je pense que Ang Lee, et son scénariste James Schamus, fidèle ami et producteur du réalisateur, ont tenté de lier les contraintes du « blockbuster » américain, avec les atouts d'une vision assez personnelle du personnage de Hulk, inséparable évidemment de celui de Bruce Banner.


  Car les originalités, à la fois thématiques et filmiques, explosent tout au long du film. Certaines séquences se trouvent « découpées » en plusieurs cadres, un procédé qui n'est pas nouveau mais assez rare, et qui rappelle bien entendu l'aspect « comics books » de la maison Marvel. La bande son, composée par Danny Elfman est de son côté bien plus intéressante que ce que l'on peut écouter dans les grosses machines cinématographiques américaines classiques.


   Les personnages, quant à eux, échappent à un manichéisme primaire. La psychologie de Bruce Banner est réellement fouillée. En héros schizophrène, en proie à un refoulement typiquement oedipien qui l'oppose à son père, ce dernier parvient à faire passer une émotion non négligeable. Quant à son géniteur, son discours quasi anarchiste est assez clair. Signalons aussi que l'armée ne passe pas pour la méchante machine habituelle. Représentée par le Capitaine Ross, père de l'amie de Bruce, l'armée tente de limiter les dégâts de Hulk tout en le gardant en vie.


   Si l'on ajoute à ces données que les thèmes principaux évoqués par le film - la face cachée de notre humanité avec la maîtrise pénible de nos émotions les plus sombres de même que la force des sentiments nobles, l'utilisation abusive des biotechnologies, la notion de pouvoir lié au profil du surhomme, l'éradication progressive de la recherche à fonds publics au profit d'organismes privés - sont loin d'être idiots même si déjà largement exploités, on peut en conclure que Hulk est une sorte de comète dans le milieu des « super-héros ».


   Une comète qui, au vu de ces originalités, en a logiquement déçu plus d'un ! Il est vrai qu'attendre 45 minutes de développement psychologique des personnages principaux avant d'assister à la première grande bagarre du monstre vert peut mettre à rude épreuve nos habitudes de spectateurs affamés de « fast-food » cinématographiques. Il est vrai encore que la réalisation en 3d du géant vert peut prêter aux critiques. Mais, franchement, pouvait-il en être autrement d'un réalisateur « différent » comme Ang Lee ?


Et ne devrait-on pas se réjouire, au contraire, de trouver autant de libertés rafraîchissantes dans un film qui se veut un blockbuster ?


   Allez, visionnez-le une deuxième fois… Oubliez quelques minutes la seule notion de plaisir. Peut-être aurez vous des surprises.


AD

Film américain (2002). Fantastique, Action. Durée : 2h 20mn.

Date de sortie : 02 Juillet 2003 Avec Eric Bana, Jennifer Connelly, Nick Nolte, Sam Elliott, Josh Lucas  Plus…

Réalisé par Ang Lee

hulk